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« If you’ll be my bodyguard… »

L’idée que nos concitoyens se font de l’agent de protection physique des personnes ou garde du corps doit beaucoup aux images véhiculées par les médias de hautes personnalités politiques françaises ou étrangères en déplacement, ou de stars du showbizz sur La Croisette ou les Champs Elysées. Dans ces situations, le garde du corps est souvent un individu à l’allure impressionnante, à l’air peu amical, portant costume sombre, lunettes de soleil et oreillette.

Publié le 10 juin 2015 - Par Jean-Louis Blanchou, préfet honoraire

Le cinéma véhicule également une image fausse et tronquée de la réalité de ce métier et aucun professionnel ne se reconnaît dans les personnages joués par Kevin Costner (Bodyguard » film de 1992) ou Clint Eastwood (Dans la ligne de mire, 1993), pas plus que dans ceux interprétés plus récemment par Manu Payet et Joey Starr dans « Les Gorilles ».

La réalité du métier

Ces films qui magnifient la bravoure et les qualités physiques des héros, ou qui les brocardent, passent souvent à côté de l’essentiel des qualités et des compétences que nécessite cette profession. En effet, au-delà de la force physique, du courage et de la résistance, elle requiert équilibre psychologique, stabilité émotionnelle, capacités d’observation, d’anticipation et de discernement, discrétion, disponibilité, rigueur, mais aussi connaissance de la législation, et maîtrise des langues…
En privilégiant les scènes d’action voire de violence, ces fictions font aussi, bien souvent, l’impasse sur des composantes essentielles du métier que sont l’analyse des menaces et des risques, la prévention, le conseil, la préparation souvent longue et minutieuse des missions, et oublient que la mesure la plus adaptée, lorsque le danger n’a pas pu être évité, est l’évacuation de la personnalité pour la soustraire à l’agression ou à la situation dangereuse.
Enfin, ils occultent totalement les contraintes du métier telles que la mobilité, les conditions de travail, les horaires à rallonge mais aussi les périodes d’inactivité entre les missions, le stress…et le fait d’œuvrer dans l’ombre quand celui ou celle que l’on a pour mission de protéger est dans la lumière.
Ainsi nul ne devrait pouvoir s’improviser garde du corps (officier de sécurité dans les services de l’Etat, agent de protection physique de personne dans la sécurité privée). En plus des qualités requises, une solide formation s’avère nécessaire.

L’encadrement réglementaire

L’activité privée de protection physique de personnes est une profession réglementée citée au 3° de l’article L 611-1 du code de la sécurité intérieure (CSI). En application du principe d’exclusivité de l’article L 612-2 du CSI, « l’exercice de l’activité mentionnée au 3° de l’article L 611-1est exclusif de toute autre activité ». Ceci signifie qu’elle ne peut être cumulée au sein d’une même entreprise ou d’un service interne avec une activité de surveillance et de gardiennage ou de transport de fonds. Cependant, un même agent peut exercer, sur des plages horaires différentes, l’ une ou l’autre des activités visées au L 611-1, s’il dispose des qualifications requises, et un même chef d’entreprise peut gérer plusieurs entités distinctes exerçant ces différentes activités.
Les entreprises qui exercent ces activités de protection physique de personnes doivent être titulaires d’une autorisation, les dirigeants avoir obtenu un agrément, et les salariés détenir une carte professionnelle délivrée après recherche d’antécédents ne démontrant aucune incompatibilité avec le métier, et vérification de leur compétence professionnelle. Plusieurs titres inscrits au RNCP (répertoire national des certifications professionnelles) permettent de justifier de l’aptitude professionnelle, mais beaucoup (trop ?) d’agents ont bénéficié dans le passé d’une validation des acquis professionnels et il n’existe pas pour le moment de CQP (certificat de qualification professionnelle). Ces autorisations sont depuis 2012 délivrées par le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS).

L’importance économique du secteur

Selon Romain Guidicelli, président de l’Union nationale des acteurs de la protection physique de personnes (UNA3P), le secteur comporterait quelques 70 entreprises spécialisées, réalisant un chiffre d’affaires d’environ 25M€ par an. Mais selon lui, « ces 25M€ ne représentent qu’un cinquième du marché en France, une part importante de l’activité étant également exercée par des sociétés de surveillance humaine sous une fausse dénomination, des entreprises étrangères travaillant sur le territoire national, directement ou en sous-traitance, des auto-entrepreneurs (même si, comme l’a confirmé la Direction des Libertés publiques du ministère de l’intérieur, le statut de l’autoentrepreneur non immatriculé au RCS est incompatible avec le titre Ier de la loi de 1983) , voire en partie au noir ».
La COESS (Confédération of european security services) estimait déjà, pour sa part, dans son rapport de 2011, le marché français à 50M€.
Or la demande a fortement progressé ces dernières années et chaque événement a un impact sur le marché. A titre d’exemple, selon le président de l’UNA3P, l’attentat contre Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier aurait, dans les heures qui ont suivi, généré un « besoin, rien que sur Paris de plus de 300 gardes du corps privés qui n’aurait pas pu être totalement satisfait par des entreprises françaises spécialisées offrant des garanties de respect des textes ».
Il est difficile de savoir exactement combien d’agents exercent effectivement, à temps plein ou non, légalement ou non, des activités de protection physique de personnes sur le territoire national car le nombre de cartes professionnelles est un indicateur partiel et imparfait.
Le CNAPS a naturellement vocation à réaliser des contrôles sur cette activité, pour sanctionner des manquements au CSI et au Code déontologie, mais elle fait certainement partie des secteurs de la sécurité privée les plus difficiles à appréhender. Selon le rapport de mandat du CNAPS (2012-2014), 63 contrôles ont cependant été réalisés sur la période : 5 en 2012, 22 en 2013 et 36 en 2014 et un protocole spécifique a été conçu et mis en œuvre en 2013.

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