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Décryptage

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« Il importe que nous préservions ensemble la compétitivité des entreprises »

« Un vaste programme de réformes », c’est ainsi que Bernard Cazeneuve décrit les évolutions et améliorations qu’il projette pour la sécurité privée. Et c’est presque un euphémisme eu égard au caractère ambitieux, inédit et constructif des changements en cours et à venir. C’est parti !

Publié le 24 novembre 2015 - Propos recueillis par Sandrine Legrand-Diez

Sécurité Privée. En tant que ministre de l’Intérieur, quelle place souhaitez-vous que les entreprises de sécurité privée prennent dans le cadre de la politique générale de sécurité ?

Bernard Cazeneuve. Toute leur place. C’est pourquoi, dès mon arrivée, j’ai souhaité que les réflexions sur l’évolution du secteur, qui avaient été menées antérieurement, puissent aboutir au plus vite. J’ai pu ainsi annoncer, le 8 décembre dernier, un vaste programme de réforme devant les troisièmes assises de la sécurité privée. En effet, mon objectif était de contribuer à l’accroissement de la qualité du secteur de la sécurité privée, ce que la profession avait d’ailleurs souhaité et déjà largement entamé, afin de faciliter un partenariat efficace avec les forces de sécurité de l’État.

Le terme de coproduction de sécurité est devenu prégnant dans le débat public. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Bernard Cazeneuve. Le terme de coproduction de sécurité signifie que tous les acteurs concourent, de fait, à la sécurité générale des Français. Je souhaite que cette collaboration soit rationnelle et organisée, tout en respectant les prérogatives de chaque acteur. J’attache beaucoup d’importance à ce dernier point. En tant que ministre de l’intérieur, je suis en effet le gardien des règles en matière de sécurité générale. Cette coproduction préserve la diversité et les compétences de chacun des acteurs. Dans mes déplacements sur le terrain, je peux mesurer combien chacun est conscient de sa responsabilité propre.

Comment souhaitez-vous que se traduise en pratique le lien sécurité publique -sécurité privée ?

Bernard Cazeneuve. Je considère que ce lien, qui existe déjà dans la pratique quotidienne des services, doit être formalisé et que des procédures concrètes doivent être élaborées pour sécuriser sa mise en œuvre. C’est dans cet esprit que je signerai avant la fin de l’année 2015 une circulaire aux préfets, organisant la mise en place au niveau local de convention de coopération entre les acteurs (forces de sécurité nationales, polices municipales et sécurité privée) dans les endroits où une multiplicité d’acteurs coexistent et où, par ailleurs, une délinquance est avérée et répétitive. Les exemples les plus évidents sont ceux d’un grand centre commercial ou d’une gare multimodale qui voient passer quotidiennement un public diversifié et nombreux. Par ailleurs, j’ai décidé la mise en place d’un dispositif intéressant sur le quartier d’affaires de « La Défense » qui se caractérise par la présence de nombreuses entreprises du tertiaire, de nombreux commerces, un flux important de personnes sur un territoire limité et des enjeux de sécurité et de sûreté particulièrement élevés. Je veux parler du dispositif « Vigie », qui s’inspire de l’exemple londonien «Griffin ». Celui-ci a pour objectif, à travers la sensibilisation des acteurs de sécurité privée aux enjeux locaux de sécurité, la mise en place d’un système de partage, en temps réel, d’informations sur les risques et la mise en place d’un langage et de réflexes communs, dans un double souci de prévention et de réaction à l’événement.

Quelles évolutions juridiques et opérationnelles pour la sécurité privée vous semblent utiles dans un avenir proche ?

Bernard Cazeneuve. Les mesures que j’avais annoncées le 8 décembre dernier s’articulaient autour de deux idées principales : premièrement, faire entrer le chaînon manquant que constituait la formation sous la tutelle du CNAPS, afin d’améliorer la professionnalisation des acteurs ; deuxièmement, mettre en place des réformes très attendues par la profession. 2015 est l’année de la concrétisation de ces réformes. Désormais, la formation aux métiers de la sécurité privée est partie intégrante du livre VI du code de la sécurité intérieure. Désormais aussi, n’importe quel bien peut être transporté dans les conditions du transport de fonds, ce qui ouvre le marché et contribue à renforcer la sécurité. J’ai également voulu assouplir l’emploi des agents doublement qualifiés sécurité privée/sécurité incendie dans les immeubles de grandes hauteurs et les établissements recevant du public. J’ai rappelé les règles en matière de levée de doute en cas de déclenchement d’alarme de systèmes de télésurveillance afin de préciser les responsabilités des acteurs.

J’ai enfin réformé le fonctionnement des commissions départementales du transport de fonds afin de les rendre plus efficaces. D’autres mesures sont en gestation comme le renforcement de la protection juridique des agents de sécurité privée ou la possibilité pour le CNAPS d’échanger des informations avec les agents chargés de la lutte contre le travail illégal afin de pouvoir renforcer la qualité de ses contrôles. Toutes ces mesures vont dans le sens de la professionnalisation et de la moralisation du secteur de la sécurité privée à laquelle la profession est très attachée. La sécurité privée est un domaine très vivant qui se doit d’évoluer avec les risques et les changements de mentalités. Il est de mon devoir d’accompagner ces évolutions, en pleine confiance avec la profession, qui se traduisent inévitablement par des modifications juridiques.

Le cadre de l’Euro 2016 vous semble-t-il un vecteur d’illustration des bonnes pratiques en matière de partenariat public/privé ?

Bernard Cazeneuve. L’Euro 2016 est un grand événement, y compris en termes d’implication de sécurité privée. Il est exceptionnel par son ampleur, sa localisation multiple : 51 matchs, dans dix villes, entre le 10 juin et le 10 juillet 2016. J’ai mis en place un comité de pilotage afin de prendre en compte toutes les dimensions de l’événement, auquel participe M. Alain Juppé, Président du club des villes-hôtes.

Je voudrais également rappeler que s’agissant spécifiquement de l’aspect sécurité privée, a été constitué, depuis 18 mois déjà, un comité de liaison regroupant les différents partenaires publics et privés impliqués. Afin de faciliter les recrutements de main d’œuvre, j’ai demandé que l’on travaille :

  • sur la recherche des viviers disponibles (il y a notamment 25 000 demandeurs d’emploi relevant du secteur de la sécurité privée dans les six régions où se trouvent les villes hôtes) ;
  • sur une simplification de la formation (un certificat de qualification professionnelle à caractère événementiel va être institué à cette occasion) ;
  • sur toutes les possibilités ouvertes par le droit du travail.

Le dialogue avec les dirigeants des entreprises de sécurité privée vous parait-il satisfaisant ?

Bernard Cazeneuve. J’ai été heureux de trouver, dès mon arrivée, des responsables professionnels très investis, conscients des enjeux de la sécurité privée et prêts à élaborer en commun des modes de coopérations avec les forces de sécurité de l’État. J’entretiens avec eux un dialogue nourri en recevant régulièrement les principaux responsables professionnels et notamment Claude Tarlet, président de l’alliance nationale des activités privées de sécurité. Je sais, par ailleurs, que les organisations professionnelles sont elles aussi très attachées à ce dialogue, grâce auquel nous faisons évoluer progressivement la réglementation d’un secteur par nature très évolutif. Par ailleurs, la Délégation aux coopérations de sécurité, créée en 2016 et directement placée auprès de moi, a précisément pour vocation d’assurer un dialogue permanent avec le secteur. Je souhaite que cette proximité se poursuive et nous permette de poursuivre la modernisation du secteur.

Quel message souhaitez-vous adresser au monde de la sécurité privée ?

Bernard Cazeneuve. Je voudrais dire tout d’abord ma satisfaction d’avoir en France un secteur de la sécurité privée de grande qualité. C’est important au moment où les risques de tous ordres se multiplient et où la collaboration de tous les acteurs de la sécurité est nécessaire. Je serai toujours à l’écoute des professionnels pour mener avec eux les évolutions nécessaires, pour accompagner notamment les évolutions économiques, les avancées technologiques mais aussi la diversification des risques. La réforme de la formation en est une illustration. Le secteur a traversé des années difficiles économiquement et semble depuis 18 mois retrouver une pente ascendante. Je souhaite évidemment que cette évolution se poursuive et je sais combien les responsables ont fait et feront les efforts nécessaires. Il importe que nous préservions ensemble la compétitivité des entreprises, leur viabilité et donc leur capacité à être et rester créatrices d’emplois, au service de la sécurité de tous. C’est un objectif ambitieux qu’ensemble nous pourrons relever.

 

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