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La CoESS et l’INHES publient un livre blanc intitulé "la participation de la sécurité privée à la sécurité générale en Europe"

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« Demain, quelle sécurité pour l’Europe ? » est le produit d’une volonté politique, celle de deux institutions, la CoESS, Confédération européenne des services de sécurité et l’INHES, Institut national des hautes études de sécurité avec l’appui de l’ensemble des organisations professionnelles représentatives des entreprises de sécurité dans les différents pays européens, ainsi que de différents contributeurs (représentants de la commissions européenne, professionnels, universitaires, chercheurs et experts). Cet ouvrage apporte un éclairage unique sur les différentes politiques sécuritaires européennes dans un contexte où les entreprises de sécurité privée occupent une place de plus en plus stratégique dans la sécurité globale des différents pays. Regards croisés entre Marc Pissens, président de la CoESS et Pierre Monzani, directeur de l’INHES, “coproducteurs” du livre blanc.

Sécurité Privée : La CoESS publie avec l’INHES un livre blanc dont le thème concerne la construction d’une Europe de la sécurité. Quelle est l’ambition de cet ouvrage ?

Marc Pissens : L’objectif principal de l’ouvrage est une sensibilisation à grande échelle et, pour la première fois, dans l’Europe toute entière. La sécurité privée est devenue un secteur sérieux, mûr, toujours en pleine expansion, réalisant - souvent de manière invisible - une large partie (toujours grandissante) de la sécurité dans la société, grâce à des hommes et des femmes qualifiés qui sont dévoués à leur profession, et grâce à des entreprises qui veillent à améliorer la qualité de leurs services. Mais, il est un fait que nous ne sommes pas assez connus et reconnus. Surtout par les autorités - qu’elles soient européennes ou nationales. Le Livre Blanc vise donc en premier lieu à attirer l’attention sur la plus value que notre secteur représente aujourd’hui et à faire reconnaître notre secteur comme un secteur qui rend des services qui sont devenus indispensables.

Deuxièmement, la CoESS et notre industrie ont une réelle vision sur le développement futur de notre secteur en Europe. Le Livre Blanc sert donc tout aussi bien à disséminer cette vision en Europe, parmi les autorités nationales et européennes, les clients, notre personnel et les entreprises de sécurité privée.

Troisièmement, il ne s’agit pas uniquement de faire connaître notre vision aux différents acteurs ; nous voulons également que notre vision soit reconnue comme valable et pouvant réellement contribuer à la construction d’une seule Europe de la sécurité privée. Nous sommes donc ambitieux : notre vision, notre point de vue doit être pris en compte et traduite dans de réelles initiatives au niveau de l’UE, au bénéfice de tous.

Pierre Monzani : Après le livre blanc sur la sécurité privée en France, avec l’USP, l’INHES et la CoESS souhaitent mettre en valeur les enjeux de la coproduction de sécurité dans l’Europe toute entière. Alors que les forces de sécurité étatiques vont gagner en productivité mais être stables en nombre, les emplois dans la sécurité privée vont se développer fortement et celle-ci va devenir un partenaire de plus en plus incontournable pour les politiques de sécurité. Il était important de faire le bilan prospectif pour construire cet avenir de l’Europe de la sécurité.

 

Sécurité Privée : Au vu du contexte sécuritaire en Europe, en quoi cette construction est-elle nécessaire ?[/b]

Pierre Monzani : L’Europe est un continent ouvert aux personnes et aux marchandises et il faut s’en féliciter. Mais cette porosité de nos frontières et la richesse de notre continent accroissent les menaces que pèsent sur lui. Nous devons lutter sur deux fronts principaux, contenir la menace terrestre, toujours forte et difficile à prévoir, et lutter contre la corrosion civique causée par la délinquance. Nous continuons à offrir à nos concitoyens un haut niveau de confort et de sécurité : ce n’est pas un acquis mais un combat qui nécessite la plus large mobilisation. L’Europe de la sécurité progresse tous les jours par des échanges fructueux entre services. Comme toujours en matière de construction européenne, l’écueil principal s’est l’idéologie qui privilégie la théorie au détriment du réel. Une Europe fédérale de la sécurité est impossible car la sécurité est au cœur de la souveraineté. Mais une Europe des coopérations renforcées, des réalisations concrètes est possible, souhaitables, elle se réalise et progresse chaque jour. Elle est indispensable car le crime ne connait pas les frontières, il s’inscrit même dans la 3ème dimension du cyber-espace comme nous l’analysons dans le numéro du dernier trimestre 2008 se notre revue, Cahiers de la sécurité, consacré à la criminalité numérique.

 

Sécurité Privée : Quels sont les principaux freins et les principaux leviers actuels de cette construction ?

Marc Pissens : Malgré les grands investissements qui sont livrés par les entreprises de sécurité privée, par leurs agents et souvent également par leurs clients, notre secteur se heurte toujours à d’énormes obstacles. Ceux ci sont de nature législative, réglementaire, politique ou simplement psychologique. Lors de la dernière décennie, l’UE a développé une grande quantité de politiques qui touchent directement ou indirectement aux activités de notre secteur. Mais, plutôt d’adopter une approche horizontale et intégrale, l’UE a choisi de créer des cadres verticaux pour chacun des domaines dans lesquelles elle veut faire avancer la sécurité. Ce qui est très regrettable puisque ce genre d’approche ne prend nullement en considération le rôle de notre secteur, ni l’expertise que nos entreprises peuvent apporter dans la formulation de ces politiques. Étant donné que nos entreprises sont actives, au niveau national, dans la sécurité aéroportuaire, portuaire et les autres domaines, elles sont souvent confrontées, en raison de l’impact grandissant des règles européennes communautaires, à des situations où des règles conflictuelles leur sont applicables. Et cela ne peut être assimilé à un non-respect de la législation européenne par un état-membre…

De plus, les choix politiques au niveau européen sont souvent contradictoires lorsqu’il s’agit de formuler des stratégies de sécurité. Le contenu dépend de l’institution qui en prend l’initiative ou de l’objectif qui est visé. Vous comprendrez que protéger les infrastructures critiques au niveau national n’a pas le même objectif que l’utilisation de la sécurité privée dans le redressement d’un pays tiers ou que la définition technique des spécificités de systèmes d’alarmes. Il semble manquer un fil rouge. Ce fil rouge, c’est notre secteur. La CoESS est donc convaincue que c’est seulement par une approche globale et intégrée que l’Europe saura réaliser de manière vraiment efficace ses objectifs en matière de sécurité. Dans cette approche globale, la CoESS peut et doit jouer un rôle primordial, de conseiller, d’acteur de référence et, finalement, dans une large partie, de réalisateur de ces politiques, par le biais de ses presque 40.000 entreprises et 1,5 million d’agents.

 

Sécurité Privée : Quels sont, selon vous, les grands besoins en matière de sécurité en Europe ?

Pierre Monzani : L’Europe doit répondre à plusieurs défis :
- Lutter efficacement contre l’immigration clandestine, vecteur des trafics d’d’êtres humains et des exploitations sans vergogne de toutes les détresses.
- Montrer sa résolution dans la guerre nouvelle que le terrorisme mène contre notre civilisation, cela passe par l’efficacité optimale du renseignement mais aussi par une mobilisation civique.
- Garantir partout l’État de droit, force doit rester à la loi contre le crime et à la civilisation contre la barbarie. Le contraire d’une société policée, c’est une société de violence où s’impose la loi du plus fort.

 

Sécurité Privée : Dans ce cadre, quelle serait la valeur ajoutée d’une Direction européenne de la sécurité ?

Marc Pissens : Le système actuel des institutions européennes est très complexe. Notre confédération est souvent sollicitée par les directions générales pour des questions et projets qui, à notre avis, touchent également d’autres directions générales mais qui ne semblent pas avoir été consultées, ni même informées. Ce n’est pas un reproche mais un constat. Il est indispensable qu’une direction "sécurité privée" soit établie. Je ne me prononcerai pas sur le choix de la direction générale dans laquelle celle-ci doit être créée, l’essentiel étant de disposer d’un seul point de contact, d’une seule unité responsable de notre secteur. Le fait d’instaurer une seule direction qui possède une vue d’ensemble sur toutes les politiques qui touchent à notre secteur, par laquelle devraient passer obligatoirement toutes les initiatives relatives à la sécurité privée émanant d’autres institutions ou directions générales, mènerait à un énorme progrès.

 

Sécurité Privée : A l’aube de votre expérience en tant que directeur de l’INHES, quel rôle doit jouer la formation dans la construction d’une Europe de la sécurité ? Quels sont les principaux enjeux de la formation dans ce contexte ?

Pierre Monzani : La formation est essentielle et ce, tout au long de la vie. Nous avons devoir de responsables, publics comme privés, de la sécurité au fait des évolutions géopolitiques, scientifiques et techniques. La réflexion sur la sécurité mobilise aujourd’hui tout le champ de savoirs et la chimie est aussi utile que la sociologie pour lutter contre les trafics de drogue. Dans le secteur privé nous avons également devoir de responsables aguerris aux problématiques les plus récentes comme aux techniques de gestion et de marketing les plus performantes pour s’imposer sur un marché mondial et fortement concurrentiel. Plus la formation est internationale, plus est pertinente et mieux elle est adaptée à notre réalité.

 

Sécurité Privée : Vous avez choisi de publier cet ouvrage dans la cadre de la présidence française de l’UE et d’assurer le lancement en France. Pourquoi ce choix ?

Pierre Monzani : Il était important de montrer que la présidence française voyait la sécurité dans son ensemble, sans mésestimer le rôle de la sécurité privée. La France a joué un rôle pionnier dans cette reconnaissance en validant, au niveau législatif, la notion de coproduction de sécurité dès 1995. Elle a pu le faire grâce à la bonne et intelligente organisation de la profession qui a su lier des liens de confiance avec la sphère publique, que l’INHES a veillé à renforcer car c’est son rôle éminent d’unir tous les acteurs de la sécurité. Monsieur Nicolas Sarkozy et Madame Michèle Alliot-Marie ont soutenu nos efforts pour que l’Europe, grâce à la France et à la CoESS, voit la sécurité d’aujourd’hui dans sa globalité et dans sa complémentarité sereine entre secteurs public et privé.

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