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"La sécurité privée doit faire sa révolution"

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Militant syndicaliste (FO) et vice-président de l’ADEF, (association pour le développement de la formation professionnelle dans la branche de la sécurité privée), véritable homme de terrain et fervent défenseur d’une profession en quête de reconnaissance, Alain BOUTELOUX dresse un bilan du CQP 3 mois après son entrée en vigueur le 1er janvier 2008. Entre optimiste et scepticisme … Entretien.

Sécurité Privée : L’aptitude préalable est entrée en vigueur le 1er janvier 2008. 3 mois après, qu’en est-il ?

 

Alain BOUTELOUX : Il convient tout d’abord de rappeler que cette aptitude préalable a été imposée à la branche par la voie législative et ce, même si des demandes d’obligations de ce type étaient formulées depuis des années par les employeurs. C’est dans ce cadre que les interlocuteurs sociaux de la branche de la sécurité privée siégeant à la CPNEFP (Commission Paritaire Nationale de l’Emploi et de la Formation Professionnelle) ont élaboré le CQP Agent de Prévention Sécurité. Aujourd’hui, 3 mois après l’entrée en vigueur de l’aptitude préalable à l’embauche, le décret validant le CQP APS (en tant que titre valant aptitude préalable à l’embauche) n’est toujours pas signé par Madame la Ministre… alors qu’il est au ministère depuis le mois de novembre 2007 ! Nul besoin de préciser que cette situation pose un problème de fond : celui de son application. En effet, même si pour la CPNEFP, il ne fait aucun doute que le CQP élaboré est conforme aux obligations imposées, il n’en demeure pas moins que cela crée une situation instable.

 

  Sécurité Privée : Dans les faits, les entreprises de sécurité privée semblent avoir du mal à mettre en place cette nouvelle règlementation. Quels sont les principaux points d’achoppement, les principales critiques exprimées ?

 

Alain BOUTELOUX : Cette nouvelle obligation pose effectivement plusieurs problèmes. J’en relèverai deux principaux. Le premier concerne les entreprises de sécurité privée. Ce système bouleverse totalement les habitudes de recrutement ; mettre en place une telle obligation ne peut se faire du jour au lendemain et les innombrables reports d’application de la loi de 2003 sur la sécurité intérieure intégrant cette aptitude n’ont pas permis aux employeurs de se préparer sérieusement à cette transformation. Le second problème concerne les pouvoirs publics. Le CQP APS existant n’étant pas “officiellement reconnu” du fait de la non validation du décret par le ministère, les préfets ne peuvent délivrer d’autorisation d’exercer que pour les salariés justifiant d’équivalences ou d’une ancienneté suffisante, conformément à la loi. Cela est d’ailleurs valable aussi bien pour les activités de sécurité que pour la sûreté aéroportuaire qui a fait l’objet d’une obligation d’aptitude propre à ce secteur.

 

  Sécurité Privée : Qu’en est-il des donneurs d’ordres : en quoi le CQP peut-il contribuer à améliorer la qualité des prestations ?

 

Alain BOUTELOUX :[/color] Il est légitime que le client qui confie des biens et des données à une entreprise de sécurité veuille être assuré de la qualification des agents qui assurent la prestation. Nous étions un des rares métiers où on ne demandait absolument rien pour pouvoir travailler ! Or, même si dans la branche, les interlocuteurs sociaux avaient rendu la formation initiale obligatoire il y a quelques années, dans les faits, cette obligation n’a été que peu appliquée. Aujourd’hui, l’obligation se situe en amont ; elle ne fait que renforcer ce qui existait déjà, mais qui n’était pas respecté. Sur ce non respect, les donneurs d’ordres doivent être mis face à leurs responsabilités : ils auraient dû vérifier et contrôler que les salariés des entreprises bénéficiaient des formations requises pour exercer. En réalité, les changements actuels ne sont pas liés à la création d’un certificat de qualification professionnelle mais à son obligation préalable à l’embauche.

Jusqu’à présent, trop d’entreprises de sécurité privée vendaient un volume d’heures sans expliquer au client son besoin réel de sécurité. Les clients ont toujours eu une vision déformée, inexacte de la prestation et ce parce que les entreprises de sécurité les ont mal éduqués ! Les commerciaux ont souvent tendance à dire « voilà, je vous en mets pour 5000 heures » alors qu’ils devraient en amont expliquer que, à tel endroit, il est indispensable d’installer un type de prestations et que sur un autre site, une autre prestation est nécessaire. Le client doit avoir connaissance des risques qui l’entourent. Aux entreprises de faire la démonstration des moyens mis en œuvre pour diminuer les conséquences de ces risques. Ainsi, le client connaît les raisons de son investissement et est à même de payer plus !

 

  Sécurité Privée : D’ici 2012, plus de 10 000 agents doivent être recrutés. Or d’aucuns prétendent que l’aptitude préalable constitue un frein à cette vague de recrutement (aussi bien au niveau des entreprises que des demandeurs d’emploi). Que répondez-vous ?

 

Alain BOUTELOUX : La sécurité privée est un métier connu. Avec les obligations de formation préalable, il devient un métier reconnu. Effectivement, cela pose des problèmes pour le recrutement. Jusqu’à présent, les entreprises recrutaient pour combler un volume d’heures ; maintenant, le recrutement se fait pour exercer un métier. Jusqu’à présent, les agents entraient dans la sécurité privée très souvent par défaut ; depuis le 1er janvier, les candidats à l’embauche doivent acquérir un minimum de 70 heures de formation. Le volume de connaissance est assez dense aussi bien au niveau savoir faire que juridique. Cette masse d’informations à assimiler risque de « refroidir » certains demandeurs d’emploi. Aujourd’hui, les salariés qui vont s’orienter vers la sécurité privée ne seront plus les mêmes qu’avant. Les entreprises, dans le cadre de leur recrutement, ne pourront plus avoir les mêmes exigences et les mêmes demandes qu’avant. Il va falloir intéresser au métier ! Depuis des années, le problème n’était pas de trouver des agents, mais de les conserver. Aujourd’hui, non seulement il va falloir conserver les agents mais il va falloir également les faire venir ! Cette attraction passe par une revalorisation des salaires et des conditions de travail. Et pour ce faire, il va falloir que les clients achètent plus cher.

Prenons l’exemple du triangle de feu, bien connu dans la sécurité privée, et transposons-le. Le feu ne peut être présent que si les trois éléments du triangle du feu sont réunis : combustible, comburant et énergie. Si vous supprimez un de ces trois éléments, il n’y a plus de feu. Reprenons l’exemple avec le client, l’entreprise prestataire et le salarié. Si l’entreprise ne valorise pas ses salariés, le travail risque d’être moins bien fait et le client va être mécontent. S’il est mécontent, il ne voudra pas payer le vrai prix de la sécurité. La sécurité est un investissement même si nous entendons régulièrement des clients dirent « je ne sais pas à quoi sert la sécurité, de toute façon il ne se passe jamais rien ». Dans notre métier, il n’y a pas de gain de productivité : une heure, c’est toujours 60 minutes ! Donc si le client achète le bon prix de la sécurité, l’entreprise fidélisera ses employés et les salariés feront du bon travail. CQFD

 

  Sécurité Privée : Des ajustements paraissent aujourd’hui nécessaire. Quels vont-ils être ? Et comment vont-ils être mis en place ?

 

Alain BOUTELOUX : L’étape actuelle, c’est d’abord de faire vivre ce que l’État nous a imposé avant de penser à modifier l’existant sur lequel nous ne disposons pas encore d’un recul suffisant. Il faut laisser le temps aux nouvelles mesures de se mettre en place ; nous pourrons ensuite en tirer les conclusions qui s’imposent. Nous continuerons à faire fonctionner ce qui marche et nous analyserons les points critiques.

  2008 est une année charnière qui annonce d’énormes changements dans la sécurité. La mise en place de l’aptitude préalable à l’embauche et la mise en place des métiers repères vont modifier les mentalités des employeurs et des clients. La sécurité est un vrai métier qui permet aux entreprises de fonctionner en limitant les risques, qu’ils soient incendie, d’intrusion… La sécurité qui était un métier connu, fait sa révolution pour devenir un métier reconnu. Alors effectivement, il va y avoir des coûts et des obligations supplémentaires et certaines entreprises vont avoir du mal à passer ce cap ; certains clients vont devoir revoir leur vision de la sécurité. Mais tout métier arrivé à un certain stade de maturité ne doit-il pas faire son évolution, voire même sa révolution ? 2008 est une année d’évolution voire de révolution pour la sécurité privée.

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