Mission régalienne, la sécurité des biens et des personnes nécessite parfois le renfort d’entreprises de sécurité privée. La loi de 1995 reconnaît d’ailleurs que ces entreprises « contribuent à la sécurité générale de la nation ». Douze ans après, Sécurité Privée a souhaité faire un point avec le nouveau ministre de l’Intérieur et connaître les attentes de l’acteur public vis-à-vis du “coproducteur privé”. Entretien exclusif sur ce thème avec Michèle Alliot-Marie.
Sécurité Privée : Comment définiriez-vous la politique de sécurité privilégiée par le ministère de l’Intérieur aujourd’hui ? Sur quelles valeurs se fonde-t-elle ? Quels axes privilégie-t-elle ?
Michèle Alliot-Marie : La sécurité des personnes et des biens est une mission régalienne. On a parfois tendance à oublier ce que cela signifie : le devoir pour ceux qui détiennent le pouvoir de faire bénéficier de la force publique tous les citoyens et ceux qui sont placés sous la protection de l’Etat. Ma mission est donc avant tout de mobiliser les moyens de la Police et de la Gendarmerie nationales au profit de chacun de nos concitoyens, au plus près du terrain. La qualité du lien social qui doit exister entre la population et ceux qui sont chargés de veiller sur elle est une composante de l’efficacité. Ce lien de confiance caractérise une police localisée, fidélisée qui connait le public et dans laquelle le public se reconnait. Au cours de ces cinq dernières années, un effort soutenu a été porté sur la lutte contre la délinquance. Elle avait atteint des niveaux insupportables. Des résultats très satisfaisants ont été enregistrés, avec un recul significatif de la criminalité globale. Cette action sera poursuivie fermement, en privilégiant la lutte contre les violences. La baisse de la criminalité nous permet de nous engager désormais dans une politique visant à un meilleur service des citoyens.
Sécurité Privée : L’une des missions du ministère de l’Intérieur consiste à assurer la protection des espaces publics ; pour ce faire, le ministère fait parfois appel à des entreprises de sécurité privée afin de renforcer ses équipes. Dans quels cas cette coproduction est-elle mise en place ? Comment s’organise-t-elle ? Que pensez-vous de cette coproduction ?
Michèle Alliot-Marie : L’accroissement des biens de consommation et l’émergence de menaces extérieures sont deux des facteurs qui induisent une demande de sécurité toujours plus pressante. Le ratio entre la population globale et les forces de police et de gendarmerie est comparable à celui de la plupart des pays occidentaux. Il ne serait pas raisonnable de vouloir toujours plus de policiers. La police ne peut être en charge de tout, et elle n’est pas non plus la solution unique à l’insécurité. Chacun des acteurs de la vie publique et économique qui, par son activité, crée de nouveaux besoins doit réfléchir, avec les responsables des forces de police, et les autres partenaires de la cité, aux moyens de coproduire de la sécurité. C’est l’esprit de la loi de 1995. C’est l’esprit du décret du 3 août dernier qui définit la prise en compte de la sécurité publique dans les aménagements immobiliers. Bien évidemment, ces aménagements et ces procédures peuvent prévoir l’intervention d’agents d’entreprises de sécurité privées. Des textes encadrent leurs recrutements et formations, ainsi que leur emploi aux côtés de l’Etat.
Sécurité Privée : L’implication accrue aux côtés de la puissance publique des entreprises de sécurité privée contraint ces dernières à plus de professionnalisation et de moralisation. Dans ce cadre, quelles sont les attentes du ministère vis-à-vis de son partenaire privé ? Quelles sont les conditions sine qua non du développement de la coproduction ?
Michèle Alliot-Marie : D’évidence dans tous domaines, un grand professionnalisme s’impose. Dans le domaine de la sécurité aéroportuaire, par exemple, devant l’explosion du trafic, les compagnies et gestionnaires d’aéroport se sont trouvées dans l’obligation d’assurer –ou de faire assurer- des missions sensibles pour la sécurité des passagers et le contrôle des bagages, aux postes d’inspection - filtrage. Seule une formation accrue des personnels et un contrôle strict de leurs prestations sont à même d’assurer le niveau de sûreté requis. De même, dans le contexte des plans "Vigipirate," les personnels appelés au contrôle d’accès dans des milliers de lieux publics se voient attribuer là aussi des missions qui ne sauraient être menées à bien sans une formation de base sérieuse. On peut aller encore plus loin. Mon ministère réfléchit, en partenariat avec vos organisations représentatives et le ministère de l’Éducation Nationale, à une formation sanctionnée par un diplôme. Des personnels correctement formés sont indispensables pour des entreprises qui sont appelées à participer encore davantage à l’économie générale de la sécurité quotidienne. Le chantier de la vidéosurveillance urbaine que je viens d’ouvrir avec les collectivités et les transporteurs est l’exemple type de cette coopération.



