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Quand on arrive en ville

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Nantes. Mon sujet, c’est l’habitant

Ville d’art et d’histoire, Nantes est aussi une cité ultra moderne, l'une des neuf métropoles françaises labellisées « French Tech » par le ministère de l'Économie, du Redressement Productif et du Numérique. Chef-lieu du département de la Loire-Atlantique et préfecture de la région des Pays de la Loire, Nantes est (en 2012) la sixième commune la plus peuplée de France avec ses 291 604 habitants, et la première de l'Ouest en nombre d'habitants. Nantes est une ville attractive, durable et solidaire, au cœur de la métropole atlantique. En matière de sécurité aussi, Nantes joue la carte de la proximité et du dialogue, ainsi qu’en témoigne Gilles Nicolas, adjoint au maire en charge de la sécurité et de la tranquillité publique. Interview.

Publié le 10 avril 2015

Composante essentielle de la qualité de vie, la sécurité est devenu un enjeu politique. Quelle est votre philosophie en tant qu’élu en matière de sécurité ?

Ma philosophie s’appuie sur des valeurs de gauche même et surtout en matière de sécurité. En tant qu’élu de gauche et en charge de la sécurité, je considère que ma priorité est de répondre à la demande sociale des habitants et en particulier à celle des habitants les plus défavorisés ; c’est en cela – notamment – que nous devons avoir une approche différente.
Nous avons des comptes à rendre à nos électeurs et nous devons leur prouver que, en matière de sécurité aussi, nous respectons les citoyens et sommes à l’écoute de leurs besoins et au service de leur satisfaction. Mon sujet, c’est l’habitant. Et en priorité l’habitant des quartiers populaires.

Quelle est votre vision de la sécurité et de la tranquillité publique pour la ville de Nantes ?

Notre parti pris est celui de la proximité. Il s’agit d’être toujours au contact des habitants, en particulier dans les quartiers populaires.
Dans le contrat annuel de tranquillité publique, j’ai remis en vigueur le droit de pétition. Cette démarche privilégie les habitants de certains quartiers qui s’interrogeaient sur les institutions et qui n’allaient plus porter plainte, n’appelaient plus la police. Le principe est de leur donner des moyens d’expressions qui leurs conviennent. C’est le rôle de nos institutions. Je suis très attentif à ces procédures qui permettent aux habitants de faire valoir leur avis
Je pense que les institutions, et c’est ce que j’essaye de faire, devraient prioritairement traiter ce sujet-là et les faire passer en priorité pour montrer que l’on accorde de l’importance aux mouvements collectifs dans des quartiers populaires.
En revanche, il a été difficile de faire admettre à la police et à la justice que ce mode d’expression devait être privilégié bien que la pétition ne soit pas reconnue juridiquement.

Et concrètement, comment sont ensuite traitées ces pétitions ?

Nous avons mis en place un protocole de réponse. Pour chaque pétition reçue, (nous en avons reçu une dizaine en 2014), une réponse collective (signée du préfet, du procureur de la république et du maire ou de moi) est adressée. Cette réponse atteste la réception de la pétition et précise les actions qui vont être menées. Elle est régulièrement suivie d’une réunion avec les habitants ayant pétitionné. Un certain nombre de mesures sont mises en place dans les 3/4 mois qui suivent ; délai à l’issue duquel une nouvelle réunion est organisée afin de voir si les choses ont évolué dans le bon sens.
Des engagements fermes et concrets sont pris de la part de la mairie et des institutions publiques.

Quels sont les principaux risques auxquels la ville de Nantes est exposée ?

Les risques que l’on retrouve dans toutes les grandes villes. Nantes est la sixième ville de France. Mais si on ne contente des statistiques, Nantes est classée 19ème en matière de taux de criminalité donc ça relativise quelque peu. Mais je n’en fais pas une religion ; je considère les chiffres pour ce qu’ils sont : un indicateur.

En tant qu’ancien commissaire de police, vous êtes sensible aux problèmes de sécurité. Lorsque vous avez été « recruté », quelle était votre feuille de route ?

Lorsque Jean-Marc Ayrault m’a contacté en 2004, je suis venu dans cette ville pour diriger les services de sécurité. J’ai commencé par réformer la direction afin de rassembler l’ensemble des pôles liés à la problématique sécuritaire ; à savoir, la direction générale de la proximité et de la règlementation (qui concernait aussi bien le stationnement, que l’hygiène, que les manifestations, …). Le maire souhaitait en effet disposer d’une vision globale de la sécurité pour la ville de Nantes. C’est donc une politique globale de sécurité que j’ai mis en place.
Un autre axe d’importance était de travailler avec l’État, la compétence sécurité étant une compétence partagée, il convenait d’amener l’État à travailler avec nous sur les préoccupations de la ville. Il s’agit donc d’affirmer les compétences de la ville, avec un vrai moyen d’action.

Quels sont les principaux problèmes, les facteurs de risque auxquels vous êtes confrontés ?

L’alcool posait des problèmes de sécurité des personnes : il est la cause de nombreux décès mais également de délinquance puisque 30 à 40% de la délinquance de voie publique se fait sous l’effet de l’alcool ; soit parce qu’on est auteur soit parce qu’on est victime. Les actions que nous menons pour lutter contre ce problème illustrent bien notre politique. Un risque encore renforcé par le fait que la Loire traverse la ville. Nous avons donc mis des gardes corps au bord du fleuve ; mettre des caméras n’aurait pas empêché les gens de se noyer. Nous avons également développé un service de raccompagnement à partir d’une certaine heure et mis en place un dispositif « veilleurs de soirées » qui sont des professionnels qui vont à la rencontre des jeunes pour parler de leur consommation d’alcool. Il y a aussi eu tout un aspect réglementaire. Avant la loi Bachelot, j’ai interdit les « happy hours » dans les bars et la vente d’alcool dans les épiceries de nuits de 22h à 6h du matin. Nous avons travaillé avec des jeunes de lycées professionnels qui ont réalisé des spots de sensibilisation sur l’hyper alcoolisation.
Nous avons également mis en place une commission municipale de débit de boisson et une brigade de contrôle nocturne.
Tout ceci se fait en partenariat avec l’État. Mais le contrôle et le pilotage, la coordination sont effectués par la mairie ; ce n’est pas à Paris que nous allons résoudre les problèmes de Nantes. Parce que l’alcool n’est pas dans les statistiques, et c’est un problème. Nous sommes dans une politique de résolution de problèmes, on essaye de faire travailler les gens dans le même sens.
Entre 2011 et 2013, la ville de Nantes a travaillé avec d’autres collectivités en proposant le projet Safer Drinking Scenes, piloté par le Forum Français pour la Sécurité Urbaine (FFSU) et le Forum européen pour la sécurité urbaine (Efus), font je suis le vice-président. Ce projet a obtenu le soutien de l’Union européenne qui l’a co-financé dans le cadre programme ISEC « Prévention et lutte contre la criminalité » (lire encadré). La conférence finale s’est déroulée en juin 2013 à Nantes.

Y-a-t-il d’autres enjeux en matière de tranquillité publique ?

Oui. Le feu dans l’habitat social a été un point important du contrat de tranquillité publique. Des feux de poubelles, des incendies de véhicules ou d’espaces communs entrainant des interventions de pompiers à 3h du matin qui nécessitaient l’évacuation des tours, avaient instauré un climat d’inquiétude chez les habitants. Nous avons lancé diverses actions en matière de prévention situationnelle : l’enfouissement des poubelles, la mise en place de la première unité spécialisée la CLIV (Cellule de Lutte Contre les Incendies de Véhicules) et aussi des interventions avec les pompiers en bas des tours avec distribution de détecteur de fumées (qui n’étaient pas obligatoires à l’époque) ou encore des opérations « pompiers juniors » avec les collèges, …

Abordons les moyens mis en œuvre dans le cadre de votre stratégie sécuritaire. Quels sont-ils ? Faites-vous appel à des prestataires de sécurité privée ?

Ça m’arrive. Nous avons depuis de nombreuses années un marché en matière de médiation, avec une association pour des médiateurs de quartiers. C’est un marché important qui est financé par la ville et les bailleurs sociaux.
Pour d’autres événements (rassemblements culturels, fête de la musique, …) nous faisons appel à des sociétés de gardiennage. En priorité des sociétés locales qui bénéficient d’une bonne expertise et d’une connaissance du terrain local.

Quelle place accordez-vous à la vidéoprotection ? Constitue-t-elle un élément clé du dispositif sécuritaire ?

À Nantes, il y a des caméras à l’intérieur des bus et des tramways. Pour moi, la vidéosurveillance est un outil parmi d’autres. Nous n’avions pas franchi le pas de la vidéoprotection pour l’instant mais il est prévu de mettre en place un dispositif d’ici deux ans.
Je crois beaucoup au rôle de la vidéo dans l’élucidation, pour certaines affaires et objectifs désignés par la mairie.

Quelles actions avez-vous décidez de mener par rapport à l’augmentation des atteintes aux personnes ?

Nous travaillons avec le prestataire des transports en commun, dans lesquels certaines agressions ont lieu, et envisageons de passer un contrat avec le prestataire et la police municipale en vue de réduire les agressions dans les transports. Cette problématique rejoint également le problème de l’hyper alcoolisation : un meilleur contrôle des pratiques festives peut sans douter jouer sur le nombre d’agressions physiques.

Les événements de janvier ont par ailleurs relancé le débat sur l’armement des policiers municipaux. Qu’en pensez-vous ?

La question de l’armement des policiers municipaux se pose en effet. La mission de la police municipale n’est pas en premier lieu la lutte anti délinquance contre des dealeurs ou contre des grands délinquants. Toutefois, lorsque les policiers municipaux interviennent dans des quartiers sensibles, je crois qu’il faut considérer l’armement comme un EPI (équipement de protection individuelle). Ce n’est pas un sujet tabou : dans le cadre de certaines missions, la question pourra être abordée. Mais parler de l’armement en le détachant du reste n’a pas de sens. Il faut agir de façon cohérente en évitant les effets de mode, la pression médiatique et l’émotion.

Quel est le budget consenti par la ville de Nantes à la sécurité ?

La ville de Nantes consacre quinze millions d’euros chaque année à la sécurité.

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