La première richesse d’une entreprise réside dans son personnel. Les femmes et les hommes à son service constituent un atout qu’il faut savoir valoriser. De ce point de vue, les entreprises de sécurité ont raison de vouloir mettre l’accent sur la formation dans la perspective d’une employabilité durable et évolutive. Les efforts devront être redoublés tant, en pratique, le paysage de la formation surprend un observateur à la recherche de clarté et d’efficacité.
Les dernières évolutions législatives et réglementaires mettent l’accent sur la professionnalisation de la sécurité. Les exigences désormais attachées à la délivrance de la carte professionnelle et à la reconnaissance de la qualité de dirigeant constituent, potentiellement, un puissant levier dans ce but.
L’image d’un secteur employant trop souvent une main d’œuvre insuffisamment qualifiée ne s’effacera qu’au prix de substantielles modifications en matière de formation initiale et continue afin de clarifier les parcours et les objectifs. A cette fin, les professionnels de la sécurité privée sont appelés à relever le défi tout en s’appuyant sur l’Etat pour mettre de l’ordre dans un domaine confus.
Comme dans la plupart des secteurs économiques, la sécurité privée a besoin de personnels formés en fonction des missions confiées.
On s’attendrait donc à trouver un modèle de formation classique couvrant l’éventail des exigences, de l’exécutant de base au décideur. Dans un pays très attaché à la notion de diplôme, même le plus modeste, les entreprises ont généralement l’habitude de puiser dans les viviers des formations relevant de l’Education nationale, de niveaux I à V.
Niveau 5 : (BEP, CAP, CFPA) : concerne l’exercice d’une activité bien déterminée avec la capacité d’utiliser les instruments et les techniques qui s’y rapportent. Cette activité concerne principalement un travail d’exécution qui peut être autonome dans les limites des techniques qui y sont afférentes.
Niveau 4 : (BP /BT/baccalauréat professionnel ou technologique) Travail technique pouvant comporter des responsabilités d’encadrement (maîtrise) et de coordination.
Niveau 3 : (DUT/ BTS) permet d’assurer de façon autonome des responsabilités de conception, d’encadrement (de gestion).
Niveau 2 : (niveau licence et bac + 4, Masters 1) La personne identifie les problématiques et dispose d’une capacité de décision à un échelon limité.
Niveau 1 : (bac + 5 et plus, Masters 2, Doctorats). La personne maîtrise les processus de conception et de recherche ; elle prend des décisions qui impliquent la politique de l’entreprise.
Curieusement, la sécurité privée semble partiellement échapper à ce schéma. Les diplômes nationaux axés sur la sécurité privée sont très concentrés sur les niveaux IV et V. Actuellement, le niveau V concerne 90% des salariés du secteur ce qui confirme, voire engendre, un sentiment de sous-qualification des personnels. Ils sont malheureusement perçus comme étant là plus par défaut que par vocation, contrairement à d’autres Etats européens dans lesquels l’image est bien meilleure. Il est pourtant difficile de croire que la profession a quasi exclusivement besoin de titulaires de CAP alors qu’elle met en avant la complexité croissante de ses missions et leur diversification dans un contexte de sécurité globale. Si de nombreuses missions de base de la surveillance humaine n’exigent pas d’être ingénieur, un minimum de savoir et de savoir être n’est pas déplacé.
Le niveau IV, avec le baccalauréat professionnel, ne semble pas mobiliser les foules.
Les jeunes ne rêvent apparemment pas de « faire carrière » dans la sécurité privée, mais sont attirés par les métiers plus valorisés, notamment, ceux de la sécurité publique. La situation des autres niveaux suscite l’interrogation, pour ne pas dire le scepticisme. Les diplômes de niveau I sont relativement peu nombreux et, en outre, essentiellement axés sur la gestion globale des risques, la criminologie ou l’intelligence économique, autant de domaines passionnants mais ne préparant pas toujours à des fonctions de management de ce qui demeure surtout et avant tout une entreprise. Il reste alors les niveaux II et III ou, plus précisément le niveau II et encore… Le petit nombre de formations à ces deux niveaux laissent l’observateur songeur.
La sécurité privée serait-elle l’un des seuls secteurs d’activité négligeant à ce point les formations de l’encadrement intermédiaire faute de besoins ?
Parce que l’on ne peut pas croire que des entreprises de taille moyenne ou importante, disposant d’agents sur le terrain et affichant un souci de qualité fonctionnent avec un faible encadrement ou pas d’encadrement du tout, la formation est sans doute effectuée en interne. Des formations non diplômantes font sûrement évoluer vers le haut les agents de base leur offrant ainsi des perspectives d’évolution sans pour autant répondre à la soif de diplômes commune à la plupart de nos concitoyens. Il existe actuellement quelques licences professionnelles (bénéficiant parfois du soutien de l’INHES et des fédérations professionnelles), mais devant encore être admises par les entreprises elles-mêmes. Certaines d’entre elles perçoivent le middle management non pas comme un moyen de valoriser leur image pour gagner de nouveaux marchés, plutôt comme un coût supplémentaire impossible à répercuter sur les prix. Quant au niveau III, le regard se perd dans un vaste désert ! Inutile de chercher des BTS, pourtant très en vogue en France, il n’existe que quelques DUT « hygiène sécurité » dont l’une des principales vocations est la sécurité-incendie. Ce vide sidérant des formations à Bac+2 se répercute sur les licences qui sont incitées à utiliser la procédure de Validation des Acquis et de l’Expérience pour autoriser les candidats méritants à rejoindre le diplôme (parfois avec un niveau inférieur au bac), là où un bac +2 aurait constitué une étape constructive.
En parallèle des formations au sein des établissements de l’Education nationale, il existe une offre de formations professionnelles dont l’objectif est l’obtention d’un CAP (en formation continue) ou, plus généralement, d’un Certificat de Qualification Professionnelle (APS par exemple).
Ce dernier est révélateur des efforts de la branche pour se professionnaliser avec l’aide de partenaires dont le sérieux est le plus souvent incontestable. Cependant, cette formation basique n’est-elle pas trop courte pour être totalement satisfaisante (70 heures) ? A l’inverse, une formation trop longue ne jouerait-elle pas comme un repoussoir ? Par ailleurs, l’offre est très éclatée (300 entreprises privées sont présentes sur un marché lucratif) et parfois inégale malgré les garanties théoriquement prévues (inscription au Répertoire National des Certifications Professionnelles notamment). La puissance publique participe, quant à elle, à la professionnalisation de la branche en soutenant, par exemple, la création de formations spécifiques (ex. INHES/USP pour les dirigeants). En tout état de cause, les impératifs financiers peuvent freiner le développement d’une formation performante, tant que cette dernière sera assimilée non à un investissement mais à une charge.
En définitive, il est permis de s’interroger sur la cohérence de l’offre de formation en matière de sécurité privée.
Non seulement, le morcellement est une évidence mais encore, le paysage laisse apparaître des manques certains. Les spécificités, réelles ou supposées, de la branche n’expliquent pas tout. D’autres secteurs connaissent une même diversité de métiers et d’entreprises tout en étant soumis à une forte pression économique. Pourtant, comme en témoigne le domaine de l’hôtellerie, elles sont parvenues à un degré de maturité satisfaisant en structurant de manière rigoureuse et en diversifiant les formations proposées avec l’appui de l’Education nationale. En matière de sécurité privée, l’alchimie entre un public, une formation et des employeurs ne s’est pas encore totalement faite, il ne faudrait toutefois pas tarder et transformer les paroles en actes. Il en va de l’avenir des professions concernées.
la VAE, validation des acquis de l’expérience
La validation des acquis de l’expérience est une mesure permettant à toute personne, quels que soient son âge, son niveau d’études, son statut, de faire valider les acquis de son expérience professionnelle pour obtenir un diplôme, un titre ou un certificat de qualification professionnelle.
Fonctionnement
La V.A.E. permet d’obtenir, en totalité ou en partie, un diplôme, un titre ou un certificat de qualification professionnelle inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles (R.N.C.P.). Dans la majeure partie des cas, le candidat doit remplir un dossier détaillant son expérience professionnelle et les compétences acquises. Il se présente ensuite devant un jury qui décide de valider tout ou partie du diplôme visé. En cas de validation partielle des acquis, des prescriptions sont proposées au candidat en vue d’obtenir la totalité du diplôme. Dans l’enseignement supérieur, chacun peut faire valider son expérience professionnelle et personnelle pour accéder directement à un niveau de formation sans avoir le diplôme requis (décret du 23 août 1985). La loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002, qui a créé la VAE, permet d’aller plus loin en autorisant les universités et les autres établissements d’enseignement supérieur à délivrer leurs diplômes ou leurs titres par une autre voie que celle de la formation ou l’apprentissage. La V.A.E. ramène la durée d’expérience de 5 à 3 ans.
Tout le monde a droit à la reconnaissance de son expérience
• salariés,
• non salariés,
• demandeurs d’emploi indemnisés ou non,
• personnes ayant exercé des activités sociales, bénévoles, etc.
La seule condition requise est d’avoir exercé une activité d’une durée de trois ans au minimum en rapport avec le contenu du diplôme visé.
A qui s’adresser ?
Du certificat d’aptitude professionnelle (C.A.P.) au brevet de technicien supérieur (B.T.S.) : dispositifs académiques de validation des acquis (DAVA). Il en existe un par académie. Pour les diplômes de l’enseignement supérieur : services de formation continue des établissements (universités, écoles d’ingénieurs).
Source : Ministère de l’Éducation nationale


