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TRANSPORTS PUBLICS « La vidéoprotection a un impact significatif sur le taux d’élucidation des enquêtes judiciaires »

Comment est organisée la sécurité des transports en commun en Ile-de-France ? Quelles sont les priorités de la Préfecture de Police ? Quels sont les principaux risques ? Combien de caméras sont installées et quelle est la stratégie retenue en matière de vidéoprotection ? Réponses de Serge Rivayrand, contrôleur général, sous-directeur régional de police des transports, direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne.

Publié le 25 novembre 2015 - Entretien avec Serge Rivayrand, contrôleur général, sous-directeur régional de police des transports, direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne.

Comment est organisée la sécurité des transports en commun en Île-de-France ?

Serge Rivayrand. La sécurité dans les transports en commun en Île-de-France est confiée au Préfet de Police. L’article 2 de la Loi pour la sécurité intérieure du 18 mars 2003, stipule : « le préfet de police dirige les actions et l’emploi des moyens de la police et de la gendarmerie nationales concourant  à la sécurité des personnes et des biens dans les transports en commun de voyageurs par voie ferrée de la région Ile-de-France ». La circulaire ministérielle du 4 octobre 2007 portant développement de la coordination régionale contre l’insécurité en Ile-de-France a complété cette loi, confiant au Préfet de police un rôle de coordination de la sécurité dans les transports en commun de surface. Pour assurer cette mission, il dispose de la Sous-Direction Régionale de Police des Transports, forte de 1200 policiers dont l’état-major assure au quotidien le rôle de coordination des actions engagées avec l’ensemble des directions territoriales de Police et de Gendarmerie d’Ile-de-France en partenariat avec les services de sécurité des transporteurs, la Surveillance Générale de la SNCF (environ 1200 agents en Île-de-France) et le GPSR de la RATP (environ 1200 agents).

Quelles sont les priorités de la PP en matière de sécurité dans les transports en commun en Ile-de-France ?

Serge Rivayrand. Depuis toujours, la SDRPT a fait de la lutte contre la délinquance acquisitive l’une de ses priorités. Il s’agit d’une part de la lutte contre les vols avec violences qui avaient connu par le passé une forte progression avec le développement du marché des smartphones et I phone de nouvelle génération. En 2013, cette délinquance a connu sa 3ème année consécutive de baisse et elle est à nouveau en diminution de plus de 15 % au cours des 4 premiers mois de 2014.

D’autre part, il s’agit de la lutte contre les vols à la tire et autres vols simples qui sont en progression. La SDRPT s’inscrit pleinement dans le plan de lutte contre les vols à la tire mis en place en janvier 2013 par le Préfet de Police. Ainsi, en 2013, ces unités ont interpellé en flagrant délit 4 267 auteurs de ce type d’infraction (près de 30 % de plus qu’en 2012) et pas moins de 1 323 au cours des 4 premiers mois de 2014.

La SDRPT s’investit également dans la lutte contre le sentiment d’insécurité par des actions et une présence plus visible sur les bouts de lignes dans la profondeur régionale, là-même ou le sentiment d’insécurité est le plus fort.

En décembre 2013, la Brigade des Réseaux Franciliens a créé en son sein une Unité de Sécurisation InterModale (USIM) chargée de la sécurisation des pôles multimodaux notamment en grande couronne afin d’assurer une continuité d’action entre réseaux ferrés et réseaux de surface.

Quelles sont les principaux risques, les principales menaces auxquelles elle se trouve confrontée ?

Serge Rivayrand. En dehors de la délinquance acquisitive évoquée supra, la plus importante menace à laquelle la SDRPT ne souhaite bien évidemment pas être confrontée est la menace terroriste. Elle est fortement impliquée dans le cadre du plan Vigipirate et dispose de patrouilles de militaires mis à sa disposition dans ce cadre.

Quel est le rôle de la vidéoprotection dans le dispositif sécuritaire actuel ?

Serge Rivayrand. La SDRPT bénéficie de la couverture des réseaux de transports en commun d’Ile-de-France par les caméras de vidéoprotection. Ainsi ce sont 8 500 caméras qui sont installées dans les réseaux RATP (métro, RER A et B) et 17 000 caméras qui équipent les bus. Sur les réseaux SNCF, ce sont plus de 5 500 caméras qui veillent sur plus de 250 gares sur l’ensemble de la région. Ce sont  plus de 30 000 caméras qui équipent les réseaux de transport francilien. Il s’agit d’un outil opérationnel utile dans le cadre de gestion de flux, événements remarquables (alertes à la bombe, accidents graves, surveillance lors de festivités), et dans le cadre de l’administration par la preuve judiciaire.

Également, depuis la fin de l’année 2009, la salle de commandement TN Réseaux bénéficie d’un pupitre vidéo spécifique dédié à la détection et au suivi des groupes à risque en temps réel. Ce pupitre de veille active est mis en place lors de manifestations (sportive, festive, revendicative….) et dans le cadre de tout rassemblement d’individus, pouvant produire des risques d’affrontements.

Quelle est sa valeur ajoutée ?

Serge Rivayrand.  Dans l’accomplissement de nombreuses missions, elle permet de réaliser un diagnostic immédiat d’une situation sans obligation de projeter une patrouille et d’opérer des levées de doute immédiates. Elle a également un impact significatif sur le taux d’élucidation des enquêtes judiciaires, permettant de nombreuses identifications d’auteurs d’actes délictuels. Ainsi en 2013, la Sûreté Régionale des Transports a enregistré un taux d’élucidation de 42 %, pour la résolution des vols à la tire.

Combien de caméras sont actuellement installées sur le réseau de transports en Île-de-France ?

Serge Rivayrand. Actuellement environ 14 500 caméras équipent les infrastructures des réseaux ferrés en Île-de-France :

  • l’ensemble des stations de métro et de RER de la RATP avec 8 500 caméras,
  • 330 des 390 gares de la SNCF avec environ 6 000 caméras,
  • le matériel roulant est actuellement en cours d’équipement sur le métro, les nouveaux RER ou matériels rénovés et les nouveaux trains de banlieue  (franciliens).

Sur les réseaux de bus, le parc de la RATP est entièrement équipé de 17 000 caméras et 3000 des 4 500 bus du réseau Optile.

Quelle est la typologie des matériels retenus (caméras, dômes) ? Pourquoi ce choix ?

Serge Rivayrand. Le matériel utilisé peut-être de type caméras fixes, caméras mobiles ou dômes. Si elle a la possibilité d’effectuer des préconisations, notamment à l’occasion de réaménagement ou de créations de gares, la SDPRT ne dispose pas de pouvoir décisionnel dans le choix du matériel.

Concernant les images, comment le suivi est-il opéré ?

Serge Rivayrand. La SDRPT dispose du retour vidéo de l’ensemble des images des 14 500 caméras installées dans les gares ou stations dans sa salle de commandement de la Brigade des Réseaux Franciliens et au Pôle Opérationnel Régional Transports de la DSPAP où elle est en capacité de visualiser plus de 80 caméras simultanément. Elle est également en mesure de procéder à la relecture des images durant 72h afin notamment de procéder aux levées de doute.

Comment sont coordonnés les différents acteurs (forces de l’ordre public et privé,  transporteurs, collectivités…) afin d’assurer la surveillance de ce réseau ?

Serge Rivayrand. La coordination de l’ensemble des services engagés dans la sécurisation des transports en commun en Ile-de-France est réalisée sous l’autorité du Préfet de Police. Le préfet de police a élaboré en janvier 2014 un plan d’actions à l’échelle de la Région avec le concours de tous les préfets concernés. Ce plan fixe les priorités d’actions pour la sécurité dans les transports en commun pour tous les services de police et de gendarmerie.

Dans le cadre de ce plan, la SDRPT assure cette mission de coordination au nom du préfet de police, en organisant des réunions mensuelles de cadrage et de définition des objectifs, en planifiant des opérations de sécurisation coordonnées et en organisant en temps réel une réponse appropriée à chaque situation, tout en sollicitant le concours  des services territoriaux et des services de sécurité des transporteurs.

Les polices municipales, qui concourent également, à leur niveau, à la sécurité des espaces de transports en commun, peuvent également être engagées dans une action partenariale qui fait généralement l’objet d’une convention tripartite entre la municipalité, le transporteur et le représentant de l’état au niveau départemental.

Comment les interventions sont-elles coordonnées dans le cadre d’une agression ?

Serge Rivayrand. Lorsqu’elle en a connaissance en temps réel, la SDRPT active immédiatement ses moyens propres et sollicite les services territoriaux de police ou de gendarmerie et les transporteurs, soit en appui de son intervention, soit après avoir identifié la direction de fuite  afin d’intercepter les auteurs de l’agression.

Lorsqu’elle en a connaissance en temps différé, elle transmet les signalements, les modes opératoires et éventuellement les photos des auteurs extraites sur réquisition à l’ensemble de ses partenaires susceptibles d’apporter leur concours pour l’élucidation de l’affaire.

Que représente « l’enjeu sécuritaire » dans la conception et la construction du nouveau schéma de transports publics qui va accompagner le « grand Paris » ?

Serge Rivayrand. L’enjeu sécuritaire a été pris en compte précocement dans le projet du « grand Paris express ». La Préfecture de Police, et particulièrement la SDRPT pilotent des groupes de travail relatifs à la sécurité des tracés, des infrastructures, des gares et des environnements, dans un double objectif : aider le Grand Paris à concevoir des gares dans lesquelles les enjeux de sécurité auront été parfaitement pris en compte, chacune d’entre elles allant faire l’objet d’une étude de sûreté et de sécurité publique (ESSP), selon un modèle défini en lien avec le service information et sécurité (SIS) de la préfecture de police ; anticiper les questions particulières qui se poseront gare par gare et tronçon par tronçon et définir de nouvelles modalités de coopération avec les opérateurs actuels du réseau.

Une convention a été signée en 2013 entre le Préfet de Police, l’ensemble des Préfets des départements d’Ile-de-France et le Préfet, Président du directoire de la société du grand Paris. La prise en compte des enjeux de sécurité est dont installée au cœur même de la conception générale du projet.

Comment réussir à sécuriser les voyageurs et les personnels sans toutefois  véhiculer un sentiment de « surveillance » trop fort ?

Serge Rivayrand. Les patrouilles en tenue de la SDRPT chargées de la sécurisation des réseaux ont d’abord un rôle de prévention de la délinquance. Leur présence dans les réseaux, doit avoir un effet rassurant pour les usagers et doit participer à la lutte contre le sentiment d’insécurité, tout particulièrement dans les réseaux éloignés et durant les heures creuses.

Chaque mois, en coordination avec les services territoriaux et les transporteurs, la SDRPT planifie une cinquantaine, « d’Opérations de Visibilité, Rencontre et Dissuasion » qui répondent pleinement à ce double objectif.

 

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