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Sommet Europeen

"Travailler sur deux fronts : à Bruxelles et au niveau national"

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Depuis sa création en 1989, la CoESS apparaît comme un acteur incontournable de la sécurité privée en Europe. Interface stratégique entre les professionnels du secteur pour chacun des pays et les institutions, la CoESS est aujourd’hui la seule institution à disposer d’une vision européenne de la sécurité. Mais qu’en est-il de son expression concrète ? Quels sont les enjeux européens de la sécurité privée ? Comment agir sur les deux fronts : national et européen ? Réponses.

Entretien avec Marc Pissens, président de la CoESS

 

Sécurité Privée : Aujourd’hui, peut-on parler d’une Europe de la Sécurité ? Quel peut être le rôle de la CoESS dans cette aventure ?

Marc Pissens : Depuis quelques années maintenant – et de manière exponentielle depuis les événements du 11 septembre 2001 aux EU suivis des attaques à Madrid et à Londres – on assiste, au niveau de l’Union européenne – et dans le cadre plus large de l’Europe – à un développement important dans lequel la sécurité occupe une place de plus en plus centrale. La CoESS, qui existe depuis 1989, a été témoin mais aussi acteur de ces évolutions et travaille, de manière concrète et permanente, avec les institutions européennes.

La CoESS est convaincue que cette construction de plus en plus rapide d’une Europe de la sécurité peut mener à réduire les risques inhérents à notre secteur, mais uniquement à condition que les actions soient coordonnées et intégrées. Il va de soi qu’à l’heure de la globalisation des risques et des menaces, seule l’UE peut jouer ce rôle de coordinateur.

 

Sécurité Privée : Qu’espérez-vous de la présidence française de l’Union Européenne pour la profession de la sécurité privée ?

Marc Pissens : Les priorités de la présidence française sont désormais connues. La sécurité n’y joue pas un rôle de premier ordre. A l’occasion de la réunion ministérielle de Cannes les 7 et 8 juillet 2008, la présidence française a présenté à ses partenaires un projet de pacte européen sur l’immigration et l’asile. Elle a également énoncé une série de propositions visant à renforcer la coopération opérationnelle des services de police et de protection civile et proposé le développement d’une culture judiciaire commune des magistrats et des personnels de justice européens. J’estime qu’il y là des ouvertures pour que la CoESS continue à jouer son rôle et intervienne auprès des institutions européennes qui devront mettre en œuvre ces projets.

Une chose doit cependant être soulignée : la CoESS n’est pas une organisation qui existe de manière autonome à Bruxelles. Bien au contraire. La CoESS est à chaque moment la somme des efforts des organisations qui en sont membres. Ce sont elles qui doivent influencer leurs ministres afin que ceux-ci, réunis dans le cadre des conseils européens, puissent prendre les décisions favorables pour la sécurité privée. Le réel avancement se fera dans un travail permanent sur les deux fronts : à Bruxelles et au niveau national.

 

Sécurité Privée : Quels sont les rapports de la CoESS avec les instances européennes ? Comment les influence-t-elle ?

Marc Pissens : Depuis sa création, la CoESS a tout mis en œuvre pour être reconnue comme la seule et unique organisation européenne représentative pour le secteur. Depuis le début des années 90, la CoESS mène au niveau européen un dialogue social avec le syndicat européen pour notre secteur, UNI-Europa. C’est dans le cadre de ce dialogue que la CoESS a été reconnue comme partenaires social européen. Ce qui implique que la Commission européenne est obligée de consulter la CoESS sur toute initiative dans le domaine social ou qui a des incidences sociales.

Aujourd’hui, la CoESS est consultée dans tous les grands dossiers liés à la sécurité privée. Beaucoup d’investissements ont été faits par la CoESS et de nouveaux devront encore l’être. Il est capital que nos membres comprennent que ces investissements sont nécessaires afin de permettre à notre Confédération de rester visible sur la scène européenne mais, surtout, de pouvoir contribuer efficacement et de manière proactive aux développements européens. L’Europe avance très rapidement. Elle ne va certainement pas attendre la CoESS.

 

Sécurité Privée : A l’aune de votre regard transversal, quels sont selon vous les « bons élèves » de la sécurité privée en Europe ?

Marc Pissens : Ce n’est pas mon rôle de citer des pays ou des organisations membres. Le contexte national, le cadre national politique, culturel, social diffère de pays en pays. Cela a bien évidemment une incidence sur le cadre juridique et politique national dans lequel les entreprises affiliées à nos organisations membres doivent travailler.

Pour ce qui est du rôle des autorités nationales (par les lois qu’elles instaurent, par le contrôle qu’elles effectuent, par l’approche qu’elles adoptent), je dirais que les meilleurs élèves sont ceux qui savent trouver le bon équilibre entre le rôle public grandissant que notre secteur est appelé à jouer et le fait que nos entreprises demeurent avant tout des entités commerciales. Ce sont ces autorités nationales qui ont établi un cadre légal strict et efficace (pour lequel nous sommes demandeurs, ne l’oublions pas) mais qui ne doit pas empêcher nos entreprises de se développer, de se lancer sur de nouveaux marchés, d’instaurer un dialogue fructueux avec les clients. C’est en somme aussi ce que la CoESS tente d’obtenir au niveau européen.

Les associations nationales représentant notre secteur doivent être, afin d’avoir un réel impact au niveau national, représentatives, bien organisées et structurées, disposer des moyens nécessaires et être menées par les grandes entreprises sur le marché, très souvent les entreprises appartenant aux multinationales. Elles doivent également être en mesure de dialoguer de manière constructive avec les autorités compétentes, avec les syndicats ou représentants du personnel et avec les clients. Il appartient également aux associations nationales de mener des actions d’autocontrôle et d’autorégulation.

 

Sécurité Privée : Quelle est votre ambition pour l’avenir de la profession en tant que président de la CoESS ?

Marc Pissens : Où commencer ? En tant que président de la CoESS, j’ai toujours mis en avant quelques grands principes qui constituent le fil rouge des activités de la CoESS et de ses membres. C’est tout d’abord un travail en chaîne qui devra se faire : une bonne attitude au niveau de l’entreprise mène à une bonne attitude au niveau de l’association nationale qui, elle-même, mène à une bonne attitude au niveau de la CoESS. J’entends par bonne attitude la recherche permanente, même si elle demande d’énormes investissements, et par tous les moyens possibles, de la qualité, de la crédibilité et de la responsabilité. Nous ne sommes pas juste un secteur privé commercial. Nous devons chaque jour gagner le respect des autorités et des clients. J’espère que la CoESS continuera à se développer sur ces bases.

Ensuite, j’espère également que la CoESS continuera à trouver les moyens nécessaires pour jouer le rôle qui est le sien au niveau européen. Je suis profondément convaincu que les développements au niveau de l’UE n’en sont qu’à leur début. Le paysage dans lequel la sécurité privée devra opérer dans 10 ou 20 ans n’aura rien à voir avec le paysage actuel. Afin que nous pussions garantir que nous y aurons encore notre place, il faut agir dès maintenant. C’est crucial. Si la CoESS réussit, elle deviendra réellement un pionnier au niveau mondial. J’espère donc également qu’un jour, la CoESS deviendra le moteur d’un mouvement représentatif pour le monde entier et qu’elle pourra aider d’autres continents avec son expérience…. Mais ça, ce n’est pas pour maintenant.

Finalement, en ce qui concerne notre profession, je voudrais qu’elle devienne un élément incontournable, et en même temps totalement fiable, dans toute politique de sécurité (à tout niveau). Si un jour la CoESS arrive à convaincre ceux qui décident à établir un juste cadre, le secteur tout entier aura remporté une immense victoire.

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