Le gouverneur militaire de Paris, Bruno Dary, général de corps d’armée, assume la fonction de commandant d’armes de la garnison de Paris et représente les armées, à Paris, auprès des hautes instances de l’État. Il a notamment la charge de coordonner les actions militaires du plan Vigipirate en parfaite coopération avec la préfecture de Police. Au moment où les menaces qui planent sur le territoire, apparaissent de plus en plus diffuses, cet homme discret a bien voulu accorder une interview au magazine Sécurité Privée afin de rendre compte de l’état actuel du dispositif de sécurité.
Sécurité Privée : Depuis les attentats de Londres du 7 juillet 2005, la France vit sous le régime du plan Vigipirate Rouge, le degré de surveillance le plus élevé avant le niveau dit « Écarlate ». Quelles sont les conséquences sur la vie quotidienne des citoyens ?
Général Bruno Dary : Essentiellement, une vigilance accrue aussi discrète que possible mais toujours réelle … et quelques contraintes pour les citoyens notamment dans les gares ou les aéroports.
Sécurité Privée : Dans quelles circonstances le niveau « Écarlate » peut-il être déclaré ?
Général Bruno Dary : Le niveau écarlate est très contraignant puisqu’il constitue le quatrième et le plus haut niveau du plan Vigipirate. Il permet de déclencher une série de mesures susceptibles de prévenir le risque d’attentats majeurs, simultanés ou non. C’est le Premier ministre qui décide du niveau d’alerte du plan Vigipirate.
Sécurité Privée : Quelles sont les menaces qui convient actuellement de craindre ? Pourrait-on s’attendre à une attaque imminente ?
Général Bruno Dary : Je ne répondrai pas sur l’imminence d’une attaque. Quoi qu’il en soit, la menace terroriste, sous diverses formes, en particulier nucléaire, radiologique, biologique ou chimique constitue toujours une menace majeure.
Sécurité Privée : Que représentent les plans connexes comme le Plan Biotox, le Plan Piratox ou le Plan Piratom ?
Général Bruno Dary : Ce sont des plans qui, chacun dans leur domaine, ont pour objectifs d’anticiper les risques, de planifier les mesures à prendre, les moyens à mobiliser et à déployer. Il ne s’agit pas de prévention mais de réaction, notamment de la brigade de sapeurs pompiers de Paris. Pour chaque risque spécifique, un plan adapté est mis en œuvre ; il est fréquemment actualisé et fait l’objet d’exercices périodiques.
Sécurité Privée : Pouvez-vous nous parler du « principe de responsabilité partagée de la sécurité » ?
Général Bruno Dary : En temps normal, on ne peut pas parler de responsabilité partagée puisque c’est l’autorité civile qui assume cette mission de sécurité. Pour autant, j’exerce un rôle de conseiller militaire auprès du préfet de zone et les liens personnels que nous tissons dans le temps contribuent à renforcer notre collaboration.
Sécurité Privée : Quelle est la contribution de la RTIDF dans la zone de défense de Paris ? Comment celle-ci s’articule t elle avec le dispositif du ministère de l’Intérieur ?
Général Bruno Dary : Officier général de la zone de défense de Paris et dans le cadre de la chaîne dite « interarmées de défense », j’assure le contrôle opérationnel des moyens militaires engagés à la demande du préfet de zone en matière de défense civile. Certes, en temps normal, c’est le préfet de zone avec ses moyens qui est chargé de la défense civile de la région. Mais exceptionnellement, les armées peuvent faire l’objet de réquisition ou de demande de concours par l’autorité civile. Dans ces hypothèses, je transmets au Chef d’état-major des armées les demandes de moyens militaires exprimées par l’autorité civile. En fonction de ses directives, j’informe le préfet de zone de défense sur les moyens militaires disponibles, les délais et la nature des prestations pouvant être assurées par les armées, les conditions d’engagement des forces et les règles de comportement. La chaîne interarmées de défense est complémentaire de l’Organisation de la défense civile. A chaque niveau, ministériel, national, zonal et départemental l’autorité civile a un correspondant militaire identifié ce qui facilite la coopération civilo-militaire.
Sécurité Privée : Quelle est l’importance des réserves aujourd’hui pour la RTIDF ?
Général Bruno Dary : C’est un complément indispensable dans différents postes. 1300 réservistes arment les unités d’intervention de réserve (UIR) ou les unités spécialisées de réserve (USR), réparties au sein de la RTIDF dans 5 régiments ou bataillons. Les UIR sont des unités de « généralistes » engagées notamment régulièrement sur les missions vigipirate. Les USR regroupent 15 sections spécialisées (4 transport – 6 circulation – 3 travaux – 2 voies ferrées) engagées régulièrement dans leurs missions respectives (14 juillet pour les unités circulation – travaux sur tout le territoire métropolitain – missions transport).
Les autres réservistes renforcent en fonction des besoins et de leurs compétences des états-majors sont convoqués pour des événements particuliers ou prennent part au soutien et à l’encadrement des journées de préparation à la défense ainsi qu’aux périodes militaires d’initiation ou de perfectionnement à la défense (ancienne PM) La réserve c’est aussi la réserve citoyenne qui représente un total de 252 officiers et sous-officiers dont 34 dans les départements et territoires d’outre-mer.
Sécurité Privée : Quelle est la contribution des réservistes dans le dispositif Vigipirate en Île-de-France ?
Général Bruno Dary : J’ai en quelque sorte répondu à cette question en évoquant les USR et les réservistes employés en état-major dont l’état-major interarmées pour la zone de défense de Paris, qui au quotidien assure la conduite des moyens militaires engagés dans VIGIPIRATE. Ces réservistes constituent environ 10% des effectifs concernés.
Sécurité Privée : Combien d’anciens militaires devez vous reconvertir dans les années à venir ? Quels sont vos principaux défis ? Qu’attendez-vous du secteur privé ?
Général Bruno Dary : 54000 militaires seront à reconvertir dans les années à venir. En fait ces départs seront étalés. Le vrai défi pour nous est que chaque soldat qui quittera l’institution retrouve un emploi conforme à ses souhaits, à sa formation et à son niveau. Nous avons déjà des structures existantes pour accompagner les partants mais nous avons besoin de l’aide de tous les secteurs professionnels pour nous aider à réussir ce challenge.
Sécurité Privée : Quelle image avez-vous de la sécurité privée en France ?
Général Bruno Dary : L’image que j’en ai est inégale car le terme sous-entend des métiers divers et des populations disparates.
Sécurité Privée : Quelle est votre impression de la sécurité privée comme activité de reconversion pour les anciens militaires ? Qu’attendriez-vous de notre secteur professionnel dans ce sens ?
Général Bruno Dary : C’est une opportunité pour les anciens militaires d’autant plus que certains exercent des fonctions facilement transposables dans le domaine de la sécurité. J’attends de votre secteur professionnel qu’il ait une perception positive des réservistes et de leurs activités et que par conséquent il contribue à susciter le volontariat parmi le personnel de la sécurité privée, car les activités dans la réserve sont sources d’expériences et autant d’occasions de compléter les savoir-faire de ces personnels. En outre, et concernant la reconversion, j’attends que les postes proposés soient à la hauteur des compétences acquises et du niveau de responsabilités tenues dans les forces.
Sécurité Privée : Que diriez vous a un chef d’entreprise qui se demande s’il doit employer un réserviste ? Un ancien militaire ?
Général Bruno Dary : Je lui conseillerais vivement de ne pas hésiter et cela pour plusieurs raisons. Ils ont des qualités qui valent de l’or pour un employeur : un esprit de responsabilité peu commun, une capacité à travailler en équipe, le sens de la discipline, de la loyauté et la forme physique.
Sécurité Privée : Vous avez une longue expérience du commandement, souvent dans des environnements de crise, quelles sont les valeurs de direction les plus importantes pour vous ? Sont-elles transposables dans le monde civil et plus particulièrement celui de l’entreprise privée ?
Général Bruno Dary : Il importe d’abord de bien comprendre l’environnement dans lequel on doit remplir sa mission, notamment les motivations de tous les acteurs et intégrer tous les multiples paramètres liés au contexte, paramètres historiques, géographiques, culturels, etc. Ensuite, le chef doit avoir une claire vision de sa mission, de sa marge d’initiative, de ses limites, de l’effet majeur à obtenir. Enfin, et c’est surement le plus important, le chef doit avoir la volonté d’accomplir sa mission et savoir transmettre cette volonté à tous ses subordonnés. Je ne doute pas que c’est transposable dans le monde civil.
